Message québécois 2015

Message québécois de la Journée Mondiale du Théâtre
27 mars 2015


Rédigé par Fabien Cloutier
Auteur, conteur, comédien et metteur en scène


Diviser.
Nous diviser. On dirait qu’ils se sont mis ça dans la tête. La bonne vieille tactique d’en laisser d’autres se manger entre eux pendant que cette nouvelle noblesse se lisse le poil de l’austérité au-dessus. Diviser. Pour qu’entre nous, on se dise que tel ou tel a plus de valeur. Pour que, devant les maigres assiettes de financement, on se bouscule, on songe à tasser l’autre, à dire qu’on est donc plus pertinent, qu’on est donc meilleur, que les jeunes devraient avoir plus, que les jeunes en veulent trop, que les vieux devraient fermer leur gueule, que la création c’est tellement mieux, que le répertoire prend trop de place ou que tel autre est trop élitiste. Nommez-en. Insérez ici tout ce que vous voulez comme argumentaire du « mon théâtre est meilleur que le tien ». Tout ça devant une assiette dégarnie pour qu’on y réponde en affamés. Diviser. Diviser partout. Pour que ça devienne la faute des fonds de pension des uns, des acquis de l’autre, pour nourrir la machine à détestation du pauvre. Diviser la société en efficaces, pas efficaces, en payeurs de taxes, en aptes au travail, en créateurs d’emploi, en 60 % des gens, en 40 % des autres, en 50 % + 1. Toujours catégoriser pour être bien certains de faire oublier l’humain. Nous diviser pour nous faire nous détester. Diviser parce que c’est la seule arme que savent manier leurs conseillers, fabricants d’image et pros du détournement du regard.
 
Refuser.
Refuser net frette sec.
Refuser ce rôle ingrat, cette partition malhonnête, lâche et vulgaire qu’ils veulent nous mettre en bouche. Parler en notre voix. Et fort. Et franc. Refuser les discours de ceux qui sont prêts à pendre leur prochain avec la corde des pantins qu’ils sont. Refuser, en défendant même le théâtre qu’on trouve platte, prétentieux ou trop populaire. Insérez ici tout ce que vous voulez comme argumentaire du « mon théâtre mérite donc plus d’argent que le tien ». Refuser de cracher sur ceux qui l’auraient donc eu plus facile que nous. Dénoncer la bullshit, le travail bâclé, oui, toujours, mais refuser que nos différences deviennent des divergences. Refuser. C’est clair ?
 
Combattre.
Avec le cœur. Arme ultime. Arme de solidarisation massive.
 
Affirmer.
Qu’on est là, insensibles aux cris qu’ils poussent pour qu’on engage le combat entre nous. Affirmer que nous aidons à rendre cette société plus juste, plus belle, plus vivante. Nous ne sommes pas téléchargeables. Nous ne sommes pas des jeux de sous-sol d’église déguisés en shows de variétés. Nous ne sommes pas du fantasme vide de poitrines plastifiées. Nous sommes un art vivant qui s’adresse à ses concitoyens. Et citoyens, nous le sommes à part entière. Nous travaillons, oui, nous travaillons pendant que des apôtres de la coupure se gargarisant de leurs primes dorées pellettent les nuages et noient leur morale sur les bateaux ensoleillés de leur financeux huileux et corrompus. Entendez notre message chers comtes préfabriqués et comtesses cheaps aux sourires laminés : vos poignées de main de corridors et vos mensonges répétés ne sont rien, ne valent rien. Cette austérité que vous voulez nous rentrer dans la gueule, rentrez-vous la dans la vôtre et dans celle des dieux de pacotille des paradis fiscaux. L’avenir morose que vous dites écrire pour nos enfants ne nous intéresse pas. Celui en lequel nous croyons est juste, vert, solidaire, sensible, cultivé et éduqué. Proposez-nous le cet avenir et on va suivre.
 
Fêter.
Et pas seulement en cette Journée Mondiale du Théâtre, mais à l’année longue. Fêter parce qu'ils seraient bien trop heureux qu’on joue la morosité qu’ils veulent nous plaquer dans la tête. Fêter avec les femmes, les hommes, les enfants qui viennent dans nos salles pour entendre ce que l’humain a à dire et ainsi mieux vivre debout. Fêter que nous ne faisons que commencer à prendre la place qui nous revient. Fêter notre histoire, oui, mais avant tout, fêter l’histoire qu’on écrira avec nos gestes et nos paroles d’hommes et de femmes libres.

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