Les compressions annoncées de 191 M$ sur deux ans au ministère du Patrimoine canadien continuent de faire des ravages. En effet, le gouvernement conservateur a choisi d’abolir le Programme des arts, de la culture et de la diversité, coupant ainsi les vivres à la Conférence canadienne des arts (CcdA) et à la Coalition pour la diversité culturelle (CDC). Censure idéologique ou conséquence malheureuse d’un contexte de restriction budgétaire? La CcdA, organisme phare du milieu culturel canadien, a mené plusieurs combats importants au cours des dernières années, notamment pour l’augmentation des crédits du Conseil des Arts du Canada et pour la refonte de la Loi sur le droit d’auteur. Son président, Alain Pineau est d’autant plus étonné de la disparition du programme puisque celui-ci venait d’être de recevoir une évaluation positive de la part des fonctionnaires fédéraux. Comme le rapporte le Devoir, on y concluait par exemple que « le programme est rentable et constitue une bonne optimisation des ressources ». Une telle décision d’Ottawa n’est pas sans rappeler l’abolition des programmes PromArts et Routes Commerciales à l’été 2008, malgré l’évaluation positive dont ils avaient été l’objet quelques mois auparavant. La CcdA dit vouloir redoubler d’effort pour chercher d’autres sources de financement afin de continuer de remplir sa mission. Pour sa part, la CDC se veut la voix principale du milieu culturel dans les débats sur la culture et la circulation des produits culturels et services, notamment sur le plan national, et poursuit l'objectif d'encourager le gouvernement canadien à appliquer des politiques favorisant la promotion de la diversité des expressions culturelles, une voie qu'Ottawa ne semble pas vouloir privilégier. Cette coalition avait appuyé le gouvernement canadien, à l'époque sous la direction du Parti libéral du Canada, à travers le processus de ratification de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. À l'instar de la CcdA, la CDC examinera également d'autres avenues pour maintenir son financement et poursuivre ses activités.
Un vide culturel. Voilà ce qui s’est créé cette semaine dans le milieu des journaux hebdomadaires culturels gratuits suite à l’annonce de la disparition du journal anglophone montréalais Hour Community et de deux éditions régionales de l’hebdomadaire Voir, celles du Saguenay et de la Mauricie. Cette disparation est directement liée à la transformation radicale du paysage médiatique au Québec, plus particulièrement aux pertes de revenus publicitaires pour les médias traditionnels au profit des médias numériques. Ce changement radical qui gagne du terrain année après année porte un coup fatal à plusieurs publications socioculturelles du groupe Voir Communications qui n’ont que la publicité comme seule source de financement. Le communiqué de presse de Voir Communications précise qu’il ne s’agit nullement d’un désintérêt de la part des lecteurs, puisque les résultats des récentes études de lectorat indiquaient même une hausse du nombre de lecteurs. Il s’avère plutôt que « le marché et les annonceurs n’ont pas la capacité de supporter un journal gratuit dont l’unique source de revenus repose sur ses ventes publicitaires. » Interrogé par Le Devoir, le responsable de l’édition Saguenay, Joël Martel, croit que le transfert croissant de publicité vers les médias sociaux a joué un rôle dans l’effondrement de son hebdomadaire : « L’avènement des nouvelles plateformes commence à gruger une part importante des clients en publicité. » Même son de cloche pour Kevin Laforest, responsable du Hour : « Quand je suis arrivé au Hour il y a un an, c’était clairement avec une espèce de mission pour sauver une entreprise déjà en difficulté à cause de la situation économique. On a tout tenté avec nos moyens réduits et beaucoup de passion. Ça n’a pas redémarré : moins il y a de pub, moins on fait de pages; moins on fait de pages, moins il y a de pub. Dommage! On dirait que ce n’est pas possible de faire survivre un autre hebdo anglo gratuit avec le Mirror à Montréal. »
Le spectre d’une controverse a finalement eu raison du ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, John Baird, qui a choisi d’annuler la vente prévue de tableaux de la collection de son ministère dont plusieurs portaient la signature d’artistes parmi les plus réputés du pays, tels que Jean-Paul Riopelle, Paul-Émile Borduas et Clarence Gagnon. Il était prévu que la vingtaine d’œuvres ciblées, dont la valeur est estimée à 4 M$, soient vendues à des institutions muséales et publiques en leur accordant une réduction de 30 %. Cette vente figurait au plan d’austérité du gouvernement conservateur à l’égard de ce ministère qui comprend également la fermeture de plusieurs missions diplomatiques canadiennes à l’étranger. Comme le rapporte le Devoir, le porte-parole de M. Baird s’est empressé d’annoncer que toute l’entreprise avait été annulée, lorsque La Presse canadienne a publié les détails de la vente cette semaine : « Nous n’avons aucune intention de vendre ces tableaux. C’était une suggestion que le ministre a choisi de ne pas suivre. » Simple suggestion ou pas, les tableaux ont tout de même été décrochés des murs et sont toujours entreposés à Gatineau.