Évolution du financement de la discipline théâtre par le CALQ

10 mars 2010

Les arts professionnels, 
la cinquième roue du carrosse du financement gouvernemental en culture

 Au lendemain de l’adoption de sa première politique culturelle, le gouvernement québécois créait, en 1994, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), donnant à cette société d’État la mission de soutenir, sur l’ensemble du territoire, la recherche et la création artistique et littéraire, l’expérimentation, la production et la diffusion, et ce, pour dix disciplines artistiques. En se dotant de cette institution, le gouvernement québécois de l’époque confirme ainsi l’importance qu’il accorde au dynamisme et à l’excellence de la création artistique. Qu’en est-il quinze ans plus tard? Dans le cadre des consultations prébudgétaires 2010-2011 du gouvernement du Québec, le Conseil québécois du théâtre (CQT) s’est prêté à l’exercice d’analyser, à partir des rapports annuels du CALQ, l’évolution du soutien financier que cette société d’État a accordé aux organismes et artistes professionnels de théâtre au cours des dix dernières années.

De ce portrait ressort un constat implacable et sans équivoque, celui du sous-financement chronique du CALQ par le gouvernement du Québec. « En effet, les fonds alloués par cette société d’État à l’ensemble des organismes et artistes professionnels de théâtre n’ont connu qu’une faible augmentation de 8,67 % depuis 1999. Or, puisque l’inflation a grimpé de 19 % au cours des dix dernières années, il est plus juste d’affirmer que le soutien public à l’art théâtral a plutôt connu une régression de 9 % durant cette période », souligne Sylvain Massé, président du Conseil québécois du théâtre. Pour l’enveloppe au fonctionnement, qui représente plus des deux tiers des fonds alloués au théâtre québécois, l’aide accordée est passée de 14,6 M$ en 1999 à 14,9 M$ en 2008, une hausse infime de 2,41 %, mais qui se transforme en une baisse significative de près de 14 %, si l’on exclut les variations dues à l’inflation. Le CALQ n’a également plus les moyens d’accueillir des compagnies de la relève, en témoigne la baisse significative de 34 % de l’aide financière qui leur est réservée. Quant au soutien direct aux artistes et aux dramaturges, celui-ci est tout simplement en chute libre. Le nombre de bourses attribuées a connu une baisse de 90 %, alors que la valeur de l’enveloppe pour ces bourses a pratiquement diminué de moitié.

« Et pourtant, l’art théâtral québécois est en constante évolution. Sa réputation nationale et internationale s’est tissée au fil des ans grâce aux talents d’artistes renommés ou issus d’une relève douée », de préciser Sylvain Massé. Près d’une trentaine de compagnies diffusent leurs productions à l’international et sont invitées dans le cadre de festivals prestigieux pour y présenter leurs œuvres. De plus en plus de textes de dramaturges québécois sont joués et mis en scène, ici comme à l’étranger. L’art théâtral québécois est sans contredit un des grands fleurons de notre culture et, à maintes occasions, une fierté politique.

Depuis dix ans, les milieux artistiques n’ont de cesse de sensibiliser les différents ministres de la Culture et les gouvernements en place sur l’insuffisance du budget du CALQ. « Le soutien à la pratique des arts professionnels demeure, année après année, le parent pauvre des budgets du gouvernement », déplore le président du CQT qui dénonce du même souffle le manque flagrant de vision politique. La culture québécoise tire son essence de la créativité des artistes, mais ne demeure source de fierté que dans les vains discours politiques. C’est pourquoi le CQT compte maintenir la garde et attend avec une certaine impatience le prochain budget du gouvernement du Québec.

Le mémoire déposé au ministre des Finances Raymond Bachand peut être consulté dans la section Centre de documentation du site du CQT. 

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