Si j'étais ministre de la Culture : 8e lettre

21 mars 2014

DANS LE CADRE DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE PROVINCIALE 2014,
LE CONSEIL QUÉBÉCOIS DU THÉÂTRE A INVITÉ DES PERSONNALITÉS PUBLIQUES À S’EXPRIMER SUR LE THÈME
SI J’ÉTAIS MINISTRE DE LA CULTURE.

 

 

Si j’étais ministre de la Culture…
Par Christian Nadeau, philosophe


Je commencerai par une anecdote. Alors que j’étais enfant, ma mère a fondé avec d’autres une bibliothèque dans le petit village où j’ai grandi. Cette bibliothèque pour moi me tenait lieu de refuge et de temple : j’y ai développé ma passion pour la pensée, les arts et l’histoire et j’y ai connu mes premières amours littéraires. Cette bibliothèque a sauvé ma vie car elle m’en a offert plusieurs. Elle m’a donné le droit d’être moi-même.
 
La culture est un pouvoir qui doit se retrouver entre toutes les mains, sans quoi elle parle le langage des privilèges et dicte l’abrutissement des masses pour la plus grande satisfaction des élites. Si la culture offre un asile ou parfois un lieu d’exil, jamais ne doit-elle bannir, rejeter, dompter, conquérir. Elle conjugue plutôt les verbes ouvrir, prodiguer, respecter, émanciper.
 
Si j’étais ministre de la Culture, j’en ferais le lieu par excellence de l’égalité entre hommes et femmes. Elle serait l’outil de la reconnaissance des diversités. Je défendrais les sciences comme des formes d’art, car l’ignorance de la biologie, de la physique ou des mathématiques est aussi triste que celle de la poésie ou de la musique. Je ferais la promotion du théâtre, de la danse, de la littérature, de la musique et des arts visuels comme des services publics. Comment ? Par exemple, en abolissant toute taxe sur le livre et en instituant une loi du prix unique sur sa vente. Je travaillerais avec le ministère de l’Éducation, pour faire de la culture une alliée indispensable à la formation des jeunes et aussi de ceux et celles qui leur enseignent. Je créerais l’équivalent d’une Caisse des monuments historiques, afin d’assurer des fonds pour acquérir et préserver les immeubles à valeur patrimoniale et leur offrir de nouvelles vocations pour le grand public. Je consoliderais la mission de la Cinémathèque en garantissant sa pérennité et en ouvrant des maisons du cinéma en dehors de la métropole. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que nous puissions de nouveau jouir d’une véritable radio culturelle, et d’une télévision où la culture aurait d’autres aspects que celui des étoiles de l’heure ânonnant la rubrique des faux-débats.

Chose certaine, la culture exige de nous-mêmes beaucoup plus qu’un simple délassement : elle compte parmi les tout premiers choix moraux d’une société. La culture est l’oxygène d’une vie en société. Elle incarne un trait d’union entre les individus. Elle ne les enferme pas dans un univers policé, surveillé, organisé. Elle n’est pas un cercle qui enferme. Elle est un fil dans un labyrinthe. Elle est une porte, une fenêtre, un sentier, une lumière. C’est la raison pour laquelle il ne faudrait jamais la laisser entre les seules mains des plus nantis et dépendre de leur bon vouloir. Voilà pourquoi, si j’étais ministre de la Culture, je lutterais pour supprimer les distances entre elle et nous. Si j’étais ministre de la Culture, je ne voudrais pas travailler seul. Il ne suffit pas que la culture soit gratuite : elle doit être donnée, offerte, présente pour et défendue par toutes et tous.

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