si j'étais ministre de la Culture : 10e lettre

26 mars 2014


DANS LE CADRE DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE PROVINCIALE 2014,
LE CONSEIL QUÉBÉCOIS DU THÉÂTRE A INVITÉ DES PERSONNALITÉS PUBLIQUES À S’EXPRIMER SUR LE THÈME
SI J’ÉTAIS MINISTRE DE LA CULTURE.

 

 

Si j’étais ministre de la Culture…
Par Benoît Dutrizac, journaliste


Si j’étais ministre de la Culture, oh boy, vous auriez intérêt à attacher votre tuque…

La culture, c'est-à-dire le théâtre, la musique de tout genre et aussi classique, les arts visuels, les musées, le cinéma, la danse, la peinture, la télé, le web et la littérature, ne peut survivre que s'il y a demande et désir. Mais comme on dit : on ne peut forcer un cœur à aimer...

Quand le taux d'analphabétisme atteint 50 % de la population, peut-on vraiment espérer vendre des livres ? Oui, vendre des livres parce que les bons écrivains ont besoin de gagner leur vie... Peut-on s'intéresser à la culture quand on ne comprend pas des mots de trois syllabes ?

Nos gars. Nos gars à l’adolescence conchient la lecture. Pourquoi ? Leur culture se résume aux jeux, au web, à Facebook et à communiquer tout croche dans une langue qu’ils ne respectent pas. Alors, si tu n’es pas foutu de te donner la peine d’écrire un mot complet, on peut s'attendre à ce que tu sois seulement capable d'exprimer une partie de ta pensée...

Etk… kom y dize.

Alors on fait quoi ? On abdique aux douchebags ?

Si on veut sauver notre culture, il faut sauver notre système d'éducation. S'assurer que nos enfants apprennent à lire correctement, à comprendre ce qu'ils lisent, sacramouille. Il faut les initier aux arts. Il faut mettre en valeur le beau, le laid, le touchant, l'intelligent, le controversé, le drôle, bref l'ouverture aux autres et à leur imaginaire.
 
À l'époque où j'écrivais des bouquins, j'étais sidéré d'entendre, dans le milieu littéraire, davantage de conversations sur (l'absence de) l'argent que sur la littérature. Les Québécois sont des créateurs et des créatifs, mais quand tu as faim, tu as tendance à viser l'alimentaire. Donc, assurons-nous qu'une industrie les appuie, les encadre, les aide.

Il faut aussi changer la mentalité des Québécois francophones les plus nantis qui réfèrent les artistes à l'état providence. Dans la culture anglophone, on investit dans la démarche artistique. On commandite des œuvres. On intègre l’art dans la communauté, tout ça grâce au mécénat.

Alors, pourquoi ne pas accorder des crédits d'impôt aux citoyens qui consomment de la culture ? Crédits d'impôt comme reconnaissance d'une contribution à une œuvre et à une industrie... Est-ce un blasphème ?

Est-ce que tous ceux et celles qui se prétendent artistes doivent voir se dérouler devant eux un tapis rouge ? Non. Faut faire ses preuves. Faut livrer la marchandise. Faut se casser le bicycle.

Trop souvent entend-on des remarques méprisantes à l'endroit des artistes dans les médias. Ça suffit. Ça prend des artistes dans une société. Ça prend des fous. Des entrepreneurs de l'imaginaire. Des œuvres qui feront travailler des gens. Car on ne veut pas d'une société sans imagination...

Il faut établir que la culture, ce n’est pas que la télévision. Parfois, pour vivre l'expérience humaine de l'imaginaire, il faut sortir de son salon.

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