Si j'étais ministre de la Culture : 5e lettre

14 mars 2014

 

DANS LE CADRE DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE PROVINCIALE 2014,
LE CONSEIL QUÉBÉCOIS DU THÉÂTRE A INVITÉ DES PERSONNALITÉS PUBLIQUES À S’EXPRIMER SUR LE THÈME
SI J’ÉTAIS MINISTRE DE LA CULTURE.

 
 


Si j’étais ministre de la Culture…
Par Martin Faucher, metteur en scène
et conseiller artistique au Festival TransAmériques


Des perles incontrôlables suintent hors des murs.
 Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes.
 
Voilà ce qu’écrivaient en 1948 de jeunes artistes québécois visionnaires et frondeurs.
Un Québec moderne, créatif et audacieux se profilait alors. Beauté, mystère et élévation étaient au rendez-vous. Soixante-six ans plus tard, malgré toutes les grandes surfaces de mélamine, de déclin d’aluminium et de bois préfini qui recouvrent affreusement le Québec jusqu’à l’aliénation, ces perles incontrôlables suintent plus que jamais hors de nos murs. Elles sont l’œuvre d’une flopée d’artistes de grand talent issus de toutes générations, de celle de Refus Global jusqu’à celles, multiples, d’aujourd’hui. 
 
Nous rêvons de richesse et de prospérité. Nous n’avons que ce mot à la bouche. Pourtant, nous prenons un malin plaisir à laisser évoluer nos artistes d’élite dans des conditions souvent gênantes qui ne sont tout simplement pas à la hauteur de leur talent et de leur potentiel. Qu’attendons-nous pour exploiter à fond la ressource naturelle la plus précieuse que nous possédons : notre imaginaire ? Ah, que nous les Québécois, citoyens branleux d’un presque pays qui tarde trop à se faire, comme nous pouvons être têteux, sournoisement curés et subitement mauriceduplessiens lorsqu’il est question d’art, d’argent et de financement public ! Les artistes québécois sont pourtant infiniment plus précieux et plus propres que tout le pétrole qu’on pourra bien trouver sur Anticosti. Les artistes québécois sont des pipelines où coulent dans leurs veines poésies, musiques et chansons. Ils sont des mines où gisent récits épiques et images fabuleuses qui ne demandent qu’à être extraits. Au fil des ans, nous avons réduit les artistes québécois à la condition d’éternels quêteux et d’organisateurs sur-spécialisés d’événements bénéfices où l’on sert des cure-dents avec ben d’la mayonnaise. Laissons les artistes créer. Voilà leur spécialité.
 
Après de trop longues années d’incompréhensibles tergiversations dont j’ai franchement honte, nous avons finalement réalisé au gouvernement du Québec tout l’apport que les artistes insufflaient à notre pays en devenir. C’est pourquoi, dans le but d’offrir de solides perspectives d’avenir à tous ceux qui pratiquent un art de haut vol, j’ai l’immense fierté d’augmenter le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec de 50 millions de dollars pour ses programmes réguliers. Au yable les commentaires démagogues et cyniques de toutes les radios poubelles et de tous ces chroniqueurs mononk qui nous entretiennent dans une médiocrité sans fond ! Notre conviction envers la valeur de l’art québécois est plus forte que tout. Ces nouvelles sommes qui ne représentent qu’une goutte dans l’ensemble du budget de mon gouvernement serviront à répondre tant aux besoins criants des artistes émergents prometteurs qu’aux artistes au talent confirmé. Ces sommes serviront aussi à faire en sorte que les œuvres les plus inspirantes circulent de manière massive sur l’ensemble du territoire québécois. Le défi du Québec d’aujourd’hui est d’être contemporain. Il n’y a pas un Québec de Québec et de Montréal et un Québec des régions. Il y a un Québec du Québec où sont cultivées la beauté de l’imaginaire, la fulgurance de la pensée et la transcendance de l’émotion.   
 
Sincèrement,
 
Martin Faucher
Ministre des Arts et de la Culture



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