Si j'étais ministre de la Culture : 11e lettre

27 mars 2014

 

DANS LE CADRE DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE PROVINCIALE 2014,
LE CONSEIL QUÉBÉCOIS DU THÉÂTRE A INVITÉ DES PERSONNALITÉS PUBLIQUES À S’EXPRIMER SUR LE THÈME
SI J’ÉTAIS MINISTRE DE LA CULTURE.

 
 


Si j’étais ministre de la Culture…
Par Dominique Leduc, comédienne et présidente du CQT


Le gouvernement québécois a jadis réalisé de grandes choses en matière de culture, des projets structurants qui ont donné au Québec une parole, une vision et un sens. En 1994, il réaffirmait l’importance du rôle de l’État dans le développement des arts, en créant le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Cet organisme a depuis le mandat de soutenir la recherche et la création artistique, la production et la diffusion sur l’ensemble du territoire québécois afin de rendre l’art accessible à tous les citoyens. Or, depuis dix ans, le budget du CALQ est gelé, alors que les coûts de production et de diffusion n’ont cessé d’augmenter. L’état de crise est tel que beaucoup d’organismes du Québec peinent à maintenir l’excellence artistique dont nos politiciens s’enorgueillissent à toute occasion. Ils le font au détriment de leur santé et de leur désir de rêver encore. Mais en dépit de nombreuses promesses électorales, les élus finissent toujours par faire la sourde oreille aux appels répétés des organismes culturels et des artistes, pour que soit ajusté le budget du CALQ. En cela, le gouvernement est en rupture avec les politiques qu’il a lui-même mises en place.
 
Si j’étais ministre de la Culture, mon premier objectif serait de redonner au CALQ les moyens d’assurer sa mission. Mais le pourrais-je ? Car il semble que l’époque où il avait voix au chapitre est révolue. La culture n’est plus au cœur d’une politique nationale. Elle ne fait partie d’aucun débat, n’attire la curiosité de personne. Pendant ce temps, le ministre de la Culture coupe des rubans, multiplie les annonces d’investissements en immobilisation. Je n’ai rien contre le fait qu’on construise des lieux, mais bientôt, il n’y aura plus personne pour leur donner un sens.
 
Si j’étais ministre de la Culture, ma première bataille serait de reprendre ma juste place. Je me ferais le complice des autres ministères afin de les sensibiliser à l’importance de l’art. Au lieu de vivre dans l’ombre du ministre des Finances, je chercherais à marcher à ses côtés pour m’en faire un allié. Pour cela, je commanderais une étude semblable à celle réalisée récemment en France par le ministère de la Culture et le ministère de l’Économie, et qui démontrerait l’apport indiscutable des arts à notre PIB et des artistes au développement de notre société. Je prouverais au ministre des Finances, que le soutien public à l’art est tout aussi défendable que le soutien aux minières et qu’il est tout autant créateur d’emplois. Je lui ferais voir combien est ridiculement bas l’investissement du gouvernement en culture comparativement au rôle important qu’elle joue économiquement.
 
Mais l’importance de l’art dépasse largement sa contribution économique. Notre monde, obsédé par l’enrichissement personnel et le consumérisme malsain semble avoir oublié le rôle fondamental des arts dans le développement de notre société. Il combat la perte de sens, forge notre identité, lutte contre les préjugés et ouvre notre imaginaire. Il convie l’individu à une réflexion essentielle sur sa condition, il célèbre notre participation à l’aventure humaine. 
 
Si j’étais ministre de la Culture, mon premier devoir serait d’en faire la promotion afin que les arts reprennent leur place au cœur de toute cité pour faire de nous des êtres humains plus grands. Je m’intéresserais aux médias, je m’inquièterais de la place qu’ils ne font plus à l’art, si ce n’est que pour parler d’industrie culturelle ou de divertissement. Je leur rappellerais à toute occasion le rôle qu’ils ont à jouer pour témoigner de la culture d’ici comme d’un aspect fondateur de notre société et comme d’un témoin de son évolution.
 
Si j’étais ministre de la Culture, je « cruiserais » le ministre de l’Éducation. Je l’inviterais à bâtir avec moi et les milieux scolaire et artistique, un véritable projet de fréquentation des arts pour tous les élèves du Québec.  
 
Si j’étais ministre de la Culture, je relirais « Remettre l’art au monde », cet excellent document rédigé en 1996 par le Parti Québécois et que Louise Beaudoin décrit fièrement comme la première politique de diffusion des arts de la scène au Québec. Je le relirais pour m’en inspirer et reprendre la route dont on s’est malheureusement écartée, reprendre le chemin d’une politique culturelle qui soit à l’écoute des artistes qui l’animent.

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