Conseil québécois du théâtre
Parlons solidarité
11 avril 2013 | PARTAGER :        

Par Par Dominique Leduc, présidente du CQT




 





 




© Mathieu Rivard


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le texte de Pierre MacDuff dans le bulletin précédent. MacDuff fait un admirable résumé des grandes réalisations du milieu théâtral et du CQT au cours des trente dernières années. On y mesure le chemin parcouru, les grandes batailles qui ont été gagnées par le milieu théâtral et les problèmes qui malheureusement sont restés irrésolus, en raison surtout d’un manque de concertation. J’ai appris beaucoup. Il est frappant de constater que la majorité des réalisations passées sont le fruit d’une lutte solidaire au sein du milieu. Cette solidarité est toujours garante de véritables changements, profonds et durables. 
 
Évidemment, depuis trente ans, le milieu théâtral et la société en général ont énormément changé et de nouveaux problèmes, extrêmement préoccupants, surgissent et détériorent de façon alarmante les conditions de la pratique. Le gel des budgets des différents Conseils des arts est sans aucun doute le problème le plus criant. Actuellement, le manque de ressources crée une tension extrême entre les différents pans de la pratique, une insécurité et une urgence qui nous motivent à aller au plus pressant, à vouloir régler nos problèmes spécifiques plutôt qu’à réfléchir aux graves causes sous-jacentes du sous-financement. Il est la conséquence d’un mépris croissant pour l’art, de la part de la société, du milieu politique et des médias qui réduisent scandaleusement la place accordée à l’art dans leur contenu. Le problème est complexe et rien ne va changer si on agit à la pièce. Il faut réévaluer nos stratégies d’intervention et faire preuve de créativité et de solidarité pour que des mesures durables soient mises en œuvre. La place de l’art, cette source nourricière, au centre de la cité, a été bétonnée. Il en coule maintenant un petit filet d’eau sale autour duquel nous nous chamaillons comme des chiens enragés. Il faut unir nos efforts pour enfin, tous ensemble, abattre la dalle de béton qui bloque la source. Il faut remettre l’art au centre de la cité. Je ne dis pas ça parce que j’ai à cœur les intérêts supérieurs du théâtre. J’ai surtout à cœur la santé et l’équilibre de la société dont je fais partie. Et je trouve que la tendance marquée à réduire l’espace occupé par l’art tant au niveau budgétaire, social que médiatique, risque d’affecter notre capacité comme société à développer des citoyens critiques, intelligents, sensibles, ouverts, etc.  Mais peut-être est-ce ça le but ? 
 
La situation requiert de la part de l’ensemble du milieu, réflexion et intelligence pour élaborer des stratégies qui renverseront la tendance au mépris, au dénigrement et à la marginalisation de l’art et des artistes. Et le pire danger qui nous guette, dans les circonstances, est le développement d’une vision partiale avec pour conséquence le fractionnement des intérêts et des luttes. Si nous ne sommes pas solidaires, nous risquons de régler les problèmes d’une partie du milieu uniquement à court terme… On va « patcher », comme on pellette un peu d’asphalte dans les nids-de-poule de Montréal au printemps. Mais nous ne règlerons rien en profondeur et les mêmes problèmes ressurgiront dans quelques années.
 
Dans les circonstances actuelles, la vitalité du milieu théâtral est rendue problématique. C’est absurde. Il faut se poser de sérieuses questions !  Il est important que nous soyons solidaires des compagnies qui n’arrivent pas à accéder à un financement permettant à leurs créateurs et aux travailleurs culturels qui supportent ces institutions dynamiques d’exercer décemment leur métier. C’est important parce qu’une société qui ne reconnaît pas à sa relève le droit d’exister, qui ne permet pas à celle-ci de s’épanouir et de renouveler les paramètres de la pratique est une société grabataire dont l’art est voué à la mort. Cette situation nous concerne tous. Si nous voulons que l’art théâtral survive, il faut faire du problème de cette génération, un enjeu collectif. De la même manière, il est important de reconnaître le chemin parcouru et d’assurer la survie des institutions au sein desquelles le milieu théâtral est ancré. Des efforts incroyables ont été accomplis par les compagnies fondatrices. Non seulement devons-nous les reconnaître, mais elles sont l’assise du milieu à réinventer. Je ne crois pas à la génération spontanée. Nous sommes le fruit d’un passé et nous sommes porteurs d’une nouvelle histoire…
 
Le mandat du CQT est de réunir le milieu théâtral autour des grands enjeux entourant la pratique, de mobiliser l’ensemble de ses intervenants pour agir avec force face aux nouveaux problèmes auxquels nous sommes confrontés. En lisant l’histoire des 30 dernières années du CQT, j’ai pu mesurer combien la concertation et la solidarité ont pu être efficaces. Le CQT continue d’être une force politique et un levier de développement de l’art théâtral. Arrimons-nous les uns aux autres et libérons la source.

Dominique Leduc
Crédits
© Copyright 2026 | Tous droits réservés. Conseil québécois du théâtre.