Par Sylvain Massé, président du Conseil québécois du théâtre
Février est le mois de la culture à l’école à travers les réseaux d’éducation préscolaire, primaire et secondaire du Québec. Ce mois de la culture à l’école représente une occasion propice pour s’interroger sur l’état de situation de l’accès aux arts et à la culture par les élèves du Québec. Cette interrogation s’inscrit aussi dans un contexte où la culture devrait occuper une place de première importance dans les priorités du gouvernement québécois. En effet, ce dernier a récemment amorcé une démarche mobilisatrice pour l’adoption de l’Agenda 21 de la culture, cadre de référence qui place la culture au cœur des priorités de tous les ordres de gouvernement du fait de son influence bénéfique sur le développement personnel et l’intégration sociale de tout citoyen. Donc, au-delà du discours politique et des principes vertueux, les politiques et programmes en place permettent-ils véritablement un accès égalitaire des élèves du Québec aux arts et à la culture ? Il semble bien que non.
Il a été maintes fois reconnu que l'éducation artistique est au coeur de la mission générale du système scolaire et que l’école constitue un lieu privilégié pour la transmission de la culture et l’éducation artistique. Ces principes représentent le fil d’Ariane de la déclaration gouvernementale Pour les jeunes, les arts et la culture de 2000 et sont également des aspects fondamentaux de la politique culturelle du Québec de 1992, de la politique de diffusion des arts de la scène de 1996 et de l’énoncé de politique éducative du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) de 1997. Pour mettre en œuvre ces politiques, le gouvernement québécois a aussi créé différents programmes dont l’objectif vise à favoriser un accès régulier des jeunes aux arts et à la culture en milieu scolaire. Parmi ces mesures, on retrouve principalement La culture à l’école, un programme issu d’un partenariat entre le MELS et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF) doté d’une enveloppe de 3 M$ qui vise à soutenir financièrement la réalisation de projets à caractère artistique et culturel. Outre ce programme, le MCCCF a aussi mis en place la mesure de soutien aux sorties scolaires en milieu culturel afin de favoriser l’accès des écoliers aux lieux professionnels de production et de diffusion des arts de la scène.
Ces mesures contribuent à une approche des élèves aux arts et à la culture, mais elles ne garantissent pas un accès équitable pour tous les élèves dans toutes les régions du Québec. Cet accès demeure toujours très inégal et souvent sporadique d’une région à l’autre. Nous nous limiterons ici à deux facteurs explicatifs. D’une part, l’existence des activités culturelles et artistiques reste largement dépendante de la volonté des commissions scolaires, des directions d’écoles et des enseignants sur lesquels repose l’organisation de ces activités. C’est trop souvent l’enseignant qui en plus de sa charge habituelle de travail doit en assumer la mise en œuvre. Ainsi, en l’absence d’un réel engagement au sein de la commission scolaire, la tenue des activités repose sur l’initiative des enseignants. D’autre part, les nombreuses écoles, situées en dehors des grands centres urbains et soucieuses d’organiser une sortie culturelle pour leurs élèves, se retrouvent confrontées à de nombreux obstacles de nature logistique et financière dont des frais de transport élevés qui grugent une part disproportionnée d’une enveloppe financière limitée. Ces sorties s’avèrent alors inabordables.
Une étude menée par le Conseil québécois du théâtre auprès de 167 diffuseurs sur la fréquentation du théâtre par les élèves du primaire et du secondaire dans le cadre des sorties scolaires illustre d’ailleurs cette situation problématique. Au niveau du cycle secondaire, par exemple, on estime que 62 % des élèves inscrits dans les 15 régions administratives, situées à l’extérieur des grands centres que sont Montréal et Québec, n’ont pas assisté à une représentation théâtrale dans le cadre de sorties scolaires en 2007-2008. Il est encore plus préoccupant de constater que ces régions administratives regroupent près de 70 % de l’effectif national de ce cycle d’études. Dans certaines de ces régions, les taux de fréquentation sont hautement préoccupants : seulement 3 % des élèves en Estrie ont assisté à une représentation théâtrale, 10 % en Mauricie et 1 % en Abitibi-Témiscamingue. Des situations similaires sont également présentes au cycle primaire.
Force est de constater qu’en dépit des efforts louables qui ont été mis en oeuvre afin de favoriser l’accès aux arts et à la culture aux élèves, cet accès n’est toujours pas égalitaire sur l’ensemble du territoire et ne fournit pas toutes les mêmes chances d’éducation aux jeunes citoyens québécois. Ces activités, qui représentent pourtant un volet fondamental dans l’éducation restent dispersées et aléatoires puisqu’elles ne sont toujours pas intégrées aux programmes d'études. Afin de garantir une véritable démocratisation de la culture pour tous les élèves du Québec, il est indispensable que la fréquentation régulière et assidue des arts soit affirmée et renforcée à l'échelle de l'ensemble du système scolaire et qu’elle constitue un véritable projet de société.